
La mondialisation ne favorise pas forcément le dialogue et la coexistence avec l'autre affirme Aziza Bennani à Fès au 2è forum mondial sur les civilisations et la diversité culturelle.
Si la mondialisation permet le développement des échanges et "est propice au multiculturalisme, elle ne favorise pas forcément la compréhension de l'autre, le dialogue et la coexistence avec lui", a affirmé lundi Mme Aziza Bennani, ambassadeur du Maroc à l'UNESCO, lors de la troisième séance plénière du Forum mondial sur les Civilisations et la Diversité culturelle, qui se tient depuis samedi à Fès sous le thème "l'Alliance des civilisations et des cultures : de la stratégie à l'action".
Intervenant lors d'une séance consacrée au thème "la mobilité des personnes comme condition de la création d'un espace humain commun", Mme Bennani a rappelé que les exemples contemporains de multiculturalité (inhérents à la mondialisation) ont démontré leurs limites et leur incapacité à éviter les risques de conflits sociaux et n'ont pas permis la nécessaire intégration des différentes composantes sociales aux niveaux national et international.
Selon elle, l'histoire contemporaine abonde de cas qui témoignent d'une tendance à déshumaniser l'autre comme elle démontre la difficulté ou l'incapacité de traiter le phénomène multiculturel de façon réussie : Afghanistan, Inde, Irak, Irlande du Nord, Rwanda, ex Yougoslavie...
Le modèle républicain français avec sa politique de va et vient au sujet de la question de l'émigration, ou le modèle hollandais avec ses "blocs communautaires", sont également significatifs à cet égard, a-t-elle ajouté.
Elle a néanmoins souligné que la mondialisation n'a pas barré le chemin aux partisans du communautarisme avec leur vision monolithique et hiératique du monde, ceux qui sacralisent la spécificité culturelle en la dressant comme une barrière face à l'autre et en débouchant sur le repli sur soi, le rejet ou le fanatisme, propres à ces "identités meurtrières" que l'écrivain libanais Amine Maalouf analyse dans son ouvrage du même titre.
Elle n'a pas pu mettre fin non plus, a-t-elle dit, à la conception hégémonique de la modernité, une conception ethnocentrique où s'impose au monde une seule civilisation, prétendument universelle, une civilisation matérialiste avec ses injustices, marginalisation, exclusion, perte de valeurs...
Elle a toutefois précisé que la démocratie libérale offre un cadre adéquat pour satisfaire les revendications des groupes minoritaires relatives à la reconnaissance de leur identité et le respect de leur différence culturelle et qu'elle est en mesure de rendre possible la coexistence de différentes cultures dans le même espace, créant une société à caractère évolutif, où chaque élément peut donner le meilleur de soi, dans un processus continu de métissage, d'échange et d'enrichissement avec les autres.
Auparavant, la conférencière avait tenu à préciser que l'interculturalité est différente du multiculturalisme et de la pluralité culturelle qui renvoient à la coexistence dans un même espace social et/ou politique de personnes, groupes ou communautés de cultures différentes (avec une cosmovision, une compréhension de la vie, des relations entre personnes propres...) et où chacune des composantes préserve son identité spécifique.
Pour ce qui est de l'interculturalité, elle renvoie en revanche au processus caractérisé par des relations et des échanges culturels entre personnes, groupes ou communautés de cultures différentes, fondés sur la reconnaissance des droits culturels de chaque groupe ou communauté et où chaque entité peut affirmer sa singularité, a-t-elle dit, notant que le respect de cette singularité, de même que la diversité des cultures et la reconnaissance de leur égale dignité débouchent alors sur une cohabitation harmonieuse et un enrichissement mutuel des différentes composantes.
Pour sa part, M. Mohammed Zerouali a insisté sur l'intégration des migrants dans les pays d'accueil pour tirer profit d'eux aux plans culturel, social, humain et économique, tout en leur permettant de préserver leur identité. Pour ce faire, il a estimé qu'il y a toujours du travail à faire sur le plan sémantique pour préciser certaines notions pour ne pas confondre par exemple assimilation et intégration ou acceptation et tolérance. Il a appelé aussi les pays émetteurs de migrants à promouvoir parmi ces migrants une culture de respect des valeurs des pays d'accueil pour préserver l'harmonie sociale nécessaire au développement de ces pays.
De son côté, M. Jaafar Debbarh, conseiller auprès du ministre délégué chargé de la communauté marocaine résidant à l'étranger, a souligné que le département a fait de l'interculturalité le pilier de sa politique, avançant que des centres culturels seront créés au profit des émigrés marocains dans les pays d'accueil en partenariat entre d'une part les représentants de la société civile dans ces pays et les émigrés d'autre part.
Initiée par le Centre marocain interdisciplinaire des études stratégiques et internationales (CMIESI), l'Association "1200-ème anniversaire de la Fondation de la Ville de Fès" et la Fondation "Esprit de Fès", cette deuxième édition du Forum Mondial sur les Civilisations et la Diversité culturelle, fait suite à une première édition tenue en 2007.
Fondé en mars 2007, le CMIESI se définit comme un carrefour de réflexion, d'études, de recherches et d'expertise pluridisciplinaire. Par ses nombreuses relations établies avec des universités, instituts et centres de réflexion, le centre, qui comprend une centaine de membres de plus de 36 nationalités, a su constituer un réseau de spécialistes à travers le monde.
Source : MAP