 La 15 ème édition du Festival de Fès des musiques sacrées du monde se tiendra du 29 mai au 6 juin à Fès. Nadia Benjelloun, directrice internationale du festival, explique, dans un entretient avec LeReporter, les points forts de cette 15ème édition.

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Le Festival des Musiques Sacrées du Monde tend à devenir une tradition ancrée dans l’espace culturel de Fès. Selon vous, comment se positionne-t-il par rapport au festival de la culture soufie organisé chaque année dans la même ville ?
Nadia Benjelloun : Le Festival des musiques Sacrées du Monde en est à sa 15ème édition, concerne l’ensemble du sacré et inclut des « nuits soufies » très fréquentées. C’est le Festival de la culture soufie -qui n’a que trois ans d’existence- qui se positionne par rapport à lui, en approfondissant ce courant mystique de l’islam auquel il est principalement consacré.
Quels sont les principaux objectifs du Festival des Musiques Sacrées du Monde ?
Nadia Benjelloun : Le premier objectif est de rassembler, autour du sacré, des musiciens et des spectateurs venus des quatre horizons dans un esprit de découverte, d’échange et d’enrichissement mutuel, tempérant à la fois les excès du matérialisme et des clivages inter religieux et inter culturels souvent basés sur l’ignorance. Il en va de même pour les « Rencontres », où l’on écoute des penseurs de toutes disciplines et de toutes croyances, réunis par une exigence de dialogue. Le second est d’être l’occasion d’une symbiose entre Fès, ses habitants et ses visiteurs dans un contexte correspondant à la tradition intellectuelle de la ville, de ses 1200 ans d’histoire et son ouverture sur l’avenir.
Quels sont les points forts de l’édition 2009 ?
Nadia Benjelloun : En ce qui concerne la Musique, l’ouverture se fera avec Marcel Khalifé, musicien, chanteur et compositeur palestinien, avec un hommage à Mahmoud Darwich, qualifié par Yasser Arafat de « Prince des poètes ». Outre sa qualité, ce concert a une forte charge symbolique : Al Quds est cette année la capitale culturelle du monde arabe, les événements de Gaza sont dans tous les esprits et les efforts du Royaume du Maroc pour promouvoir un règlement du problème palestinien aussi.
Nous avons également deux importantes créations : le programme « Melos » (chants de la Méditerranée) qui réunit le Maroc, l’Iran, l’Espagne et la Grèce en partenariat avec le Festival et la création « Cordes et Ames » avec Didier Lockwood et Rachid Regragui. Le programme celtique de la canadienne Loreena Mc Kennitt, une première au Maroc, clôturera le festival le 6 juin.
En ce qui concerne les « Rencontres », intitulées cette année « La vie entre sacré et profane, la face des choses et la main de Dieu », elles réunissent cinquante intervenants venus du monde entier pour parler de l’origine du monde, de l’origine de l’Homme, du questionnement contemporain sur la vie, du caractère sacré de la vie et de la Sacralisation de la femme. Parmi eux, l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan, les philosophes Ali Benmakhlouf et Dany Robert Dufour, le psychanalyste Fethi Benslama, l’écrivain Agrawal Purushottam, les académiciens Jean Clair et Marc Fumaroli (né à Fès), l’historien de l’art persan Michael Barry, le politologue Alexandre Adler.
Il faudrait citer d’autres exemples. J’invite nos lecteurs à les trouver sur le site www.fesfestival.com
Pourquoi le choix de la thématique « l’Arbre de vie » ?
Nadia Benjelloun : Nous connaissons tous le magnifique ouvrage du poète Ibn Arabi, intitulé « L’arbre de vie et les oiseaux ». L’arbre de vie est un symbole fort de toutes les cultures, les religions et les cosmogonies, en ce qu’il relie les racines du passé à l’avenir, et le perpétuel renouvellement de la vie. Pour fêter notre 15ème anniversaire, il nous a paru être un fil conducteur parfait, d’autant qu’il évoque aussi le chêne du Musée Batha que tous ceux qui fréquentent le Festival et les Rencontres connaissent.
On reproche au Festival d’être destiné à une certaine élite… S’assurer de la plus grande ouverture intellectuelle et sociale possible du Festival et des Rencontres est et doit demeurer une préoccupation constante. Croyez que nous nous efforçons, chaque année, de faire mieux et toutes les suggestions qui peuvent nous y aider sont bienvenues. Mais conserver une programmation de qualité est également essentiel. Dans le reproche que vous évoquez, il m’arrive aussi de sentir une certaine condescendance, suivant laquelle en dehors d’une élite, certaines œuvres et certaines idées n’auraient pas leur place. Je ne partage pas cette façon de voir. La curiosité et l’ouverture d’esprit, la sensibilité ne sont l’apanage d’aucune caste. En outre, si les concerts du Musée Batha et de Bab Makina sont payants, une grande partie de la programmation est ouverte gratuitement au public : les deux grandes scènes du « off », Bab Boujloud et Aït Skato, les nuits soufies, les expositions, les films, les activités pédagogiques…
Quelles sont les retombées socio-économiques du festival sur la ville et sa population, auriez-vous des données chiffrées sur ce point ?
Nadia Benjelloun : Le nombre des visiteurs est estimé à 120.000 pendant la décade du festival, dont 60% d’étrangers et 40% de Marocains, avec un impact correspondant sur l’hôtellerie, la restauration, l’artisanat et le commerce, le transport. Cela correspond à un pic de fréquentation et à des recettes appréciables, dont les responsables du Tourisme pourront vous faire le point.
Quel est le budget du Festival et, d’après vous, est-il rentable (sur le plan financier notamment) ?
Nadia Benjelloun : Le Festival et la Fondation qui l’organise n’ont pas de but lucratif, et l’évènement en lui-même n’a pas plus vocation à devenir une entreprise commerciale que ses homologues internationaux. Le budget annuel dont il dispose provient en premier lieu de ses sponsors, qui sont principalement marocains : la Ram, l’office de tourisme, les grandes banques et en second lieu de la billetterie des programmes payants. Il est de l’ordre de 12 millions de dirhams, soit plusieurs fois moins que les grands festivals internationaux européens auxquels il peut être comparé. Et plus de la moitié de ce budget est consacrée aux artistes – cachets, voyages, séjours. Beaucoup d’efforts sont faits pour en assurer l’équilibre. Il faut saluer les équipes de permanents et de bénévoles qui y contribuent chaque année et les sponsors grâce auxquels, depuis quinze ans, cet équilibre se réalise, ainsi que bien des artistes et intervenants qui viennent à Fès par attachement à notre ville, à notre pays et à l’esprit particulier qui y règne.
Source : LeReporter
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